Les Français se tournent vers les drones armés

Le 5 septembre, la ministre française des Forces armées, Florence Parly, a annoncé la décision tant attendue d'armer les drones de surveillance français. Les drones français ne sont actuellement pas armés et ne sont utilisés que pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, comme les Reapers basés à Niamey, au Niger. Sachant qu'une douzaine de pays ont déjà des drones armés, cette décision ne surprend que par son retard. Pourquoi at-il fallu si longtemps pour armer les drones français? Comment est-ce arrivé enfin? Et quelles sont les implications stratégiques d'une telle décision? Alors que le débat français sur ce sujet a été influencé par le précédent américain, il existe des moyens pour la France de tirer parti des avantages stratégiques des drones armés au Sahel tout en évitant les retombées politiques que les États-Unis ont connues.

Quels drones?

La France utilise actuellement des drones non armés de toutes tailles dans ses opérations nationales et étrangères. Dans son discours, Parly a déclaré que le premier drone concerné par cette politique sera le MQ-9 Reaper (MALE) à moyenne endurance et longue endurance exploité par l'escadron de drones 1/33 Belfort. Il dispose de six modèles Block 1, dont cinq à Niamey, déployés pour l'opération Barkhane dans la bande sahélo-saharienne et un utilisé pour la formation à Cognac, en France. Au total, 12 doivent être livrés d'ici 2019. Les autres drones seront des modèles Block 5., et il est prévu que les blocs 1 seront finalement modernisés pour former une flotte homogène.

Parly n'a pas précisé de délai, et elle n'a pas précisé quelles munitions seront utilisées. Le missile américain AGM-114 Hellfire est le plus probable de la première phase, mais MBDA offrait déjà une "solution européenne": soit le Brimstone, soit une version modifiée du MMP. L'armement devrait être achevé d'ici 2019.

Le ministre a annoncé que le MALE européen, actuellement développés par Dassault, Airbus et Leonardo, seront également armés. Ce projet est censé mettre fin à la dépendance de l’Europe vis-à-vis des drones israélien et américain. Le programme a cependant été retardé pendant des années et le drone ne devrait pas voler avant 2025.

Une troisième catégorie de drones français qui sera sans aucun doute armé est le futur drone de combat. Le démonstrateur nEUROn a effectué son premier vol en 2012. Avec les Britanniques Taranis, ils sont supposés fusionner pour former un système aérien franco-britannique de combat futur (FCAS).

Pourquoi armer les moissonneurs?

Une partie de la motivation de la France est de ne pas prendre de retard. De nombreux pays, y compris ses plus proches alliés, ont des drones armés ou sont en train de les acquérir. Pour Parly, l’armement mondial généralisé des drones "confirme qu’il s’agit d’une capacité essentielle des combats de demain, à l’époque des véhicules blindés ou des avions." Elle a poursuivi: "La France ne peut pas passer, sous peine de disqualification."

La France a également des besoins stratégiques spécifiques pour cette capacité. Au Sahel, les Faucheurs français sont «déjà au courant puisqu'ils désignent des cibles et guident les missiles Hellfire des hélicoptères et les bombes du Mirage», a expliqué le chef d'état-major de l'armée de l'air française. Les armer serait avantageux d'au moins trois façons.

Premièrement, elle offrirait une économie de ressources, car les drones armés assument des fonctions de capteur et d’effecteur, ce qui permet de conserver des aéronefs pilotés hautement sollicités dans le cadre d’opérations extérieures (Sahel, Moyen-Orient, États baltes), en France et dans le domaine militaire outre-mer. bases. Cela ne remet nullement en cause le besoin d’avions pilotés, car les drones, qui présentent de nombreuses vulnérabilités (notamment météo, supériorité aérienne, manœuvrabilité, vitesse, puissance et liaisons satellites), ne peuvent les remplacer que dans des situations très spécifiques.

Deuxièmement, armer des drones améliorerait les performances, à la fois en général – un drone armé peut couvrir toute la chaîne de mise à mort (rechercher, réparer, suivre, cibler, engager, évaluer) – et dans le cas qui nous occupe. Au cours de l'opération Barkhane, moins de 4 000 soldats français combattent des groupes terroristes, dispersés dans une zone extrêmement vaste et hostile de 5 millions de kilomètres carrés. Avoir une chance de réussir nécessite à la fois une occupation aérienne ou une persistance en vol – ce que seuls les drones peuvent offrir – et une réactivité extrême lorsque la cible apparaît – qui ne armé les drones peuvent offrir. Un drone non armé dépend de la disponibilité d’un avion pour mener la frappe. Les Faucheurs français sont actuellement associés à des Mirage 2000 basés à Niamey et N’Djamena, ou à des hélicoptères Tiger lorsque, par hasard, la zone d’intérêt est à leur portée. Les jets mettent souvent plus de deux heures à arriver sur place et nécessitent un ravitaillement en carburant, tandis que la flotte de pétroliers est également très sollicitée. Ce retard et la moindre discrétion de ces avions augmentent les chances de perdre la cible.

Troisièmement, il existe un argument humanitaire pour armer les drones. En effet, ne pas les armer augmente le risque pour tout le monde, soldats et civils. Dans une situation similaire à celle de l'embuscade sur la vallée d'Uzbin en Afghanistan en 2008, qui a tué 10 soldats français et en a blessé 21 autres, un drone non armé aiderait uniquement à voir, pas à protéger. En Afghanistan, les Britanniques ont vite compris que leurs drones armés agissaient «comme un multiplicateur de force et un protecteur de la force..«Les drones non armés augmentent également le risque de dommages collatéraux pour les populations civiles. Il y a eu des cas où un véhicule identifié dans le désert, où il était possible de frapper en toute sécurité, était arrivé dans une ville au moment de l'arrivée de l'avion. De plus, l'avion est équipé de bombes GBU-12 de 500 livres, moins discriminantes que les missiles Hellfire, et son endurance ne lui permet pas d'attendre un meilleur moment pour frapper.

Pourquoi maintenant?

L’armée de l’air française demande depuis des années d’armer des drones, et un consensus croissant d’experts s’est fait entendre en faveur de cette politique. Le calendrier de la décision tant attendue peut être expliqué par une série de facteurs.

Premièrement, à long terme, l’expérience accumulée avec des drones non armés montre ses limites en Afghanistan, en Libye et au Sahel. Lors d'une audition devant le Sénat en 2011, par exemple, le président des chefs d'état-major a identifié le manque de drones armés comme l'une des trois défaillances françaises révélées par l'intervention libyenne (les deux autres étant le ravitaillement en vol et la suppression des défenses anti-aériennes ennemies). Dans le même temps, le 39e Escadron britannique de la Royal Air Force (RAF), qui opère depuis 2007 avec des Faucheurs armés, a montré qu'il était possible de le faire sans nécessairement adopter le modèle américain d'assassinats ciblés en dehors du contexte d'un conflit armé. conflit et sans controverse publique notable.

Deuxièmement, à moyen terme, la menace croissante du terrorisme en France depuis 2015 a logiquement rendu la population plus réceptive à toutes les méthodes présentées comme des outils efficaces de lutte contre le terrorisme (un autre exemple est la loi sur le renseignement de 2015).

Troisièmement, à court terme, deux éléments ont été décisifs pour accélérer le processus au cours des derniers mois. La première a été la publication en mai d’un rapport du Sénat recommandant l’armement du Reaper. Le sénateur Cedric Perrin, l'un des coauteurs, a fait la promotion du document et a bénéficié d'une large couverture publique. Ce rapport, évoqué par la ministre dans son discours, a permis de convaincre la classe politique de la nécessité d’armer les drones. Le deuxième élément a été l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante à la suite des élections présidentielles, qui ont jeté un nouveau regard sur la question.

Un élément supplémentaire est celui de la prospective: dès que la décision a été prise de développer un drone de combat français ou franco-britannique (nEUROn, FCAS), destiné à être opérationnel vers 2025, la possession d’un drone armé n’était plus qu’une question d’année. L'armement des drones de surveillance existants n'a fait qu'accélérer l'inévitable.

Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps?

Trois facteurs principaux expliquent pourquoi la France n’a pas armé ses drones plus tôt. Tout d'abord, il y a la coïncidence de la prudence politique et du programme électoral. À l'instar des experts, l'ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était personnellement convaincu de "l'efficacité" des drones armés. Cependant, il ne voulait pas prendre le risque de nuire à son bilan, par ailleurs excellent, avec une question potentiellement délicate à la fin de son mandat. Il a donc laissé la patate chaude à son successeur. De ce point de vue, il fallait soit du courage politique pour agir, soit du moins une meilleure compréhension du fait que la population française était prête. Le premier sondage d'opinion sur l'armement des drones français a eu lieu en avril et ses résultats étaient clairs: 74% des voix pour, 13% contre. De plus, l’annonce de Parly n’a pas encore suscité de protestation notable. Le nouveau gouvernement devrait être félicité pour sa clairvoyance.

Deuxièmement, l'armement ajoute une couche supplémentaire à la question de la souveraineté. L'achat d'American Reapers était une décision controversée. Les faits selon lesquels Washington contrôle leur zone de déploiement («ils ne peuvent pas être déplacés sans leur permission»).,"A reconnu le chef d'état-major de l'armée de l'air française); que pendant plusieurs années, les entrepreneurs General Atomics ont effectué des décollages et atterrissages (ce n'est plus le cas); et que la charge utile de renseignements de la France commandée par la France devait être américaine – toutes suscitaient des inquiétudes importantes. Le choix des munitions, vraisemblablement l'américain Hellfire, et le contrôle exercé par les États-Unis sur les opérations de drones armés du Royaume-Uni, sont des préoccupations supplémentaires qui ont provoqué des hésitations en France.

Troisièmement, il y avait une résistance discrète au sein des forces armées, pour au moins deux raisons. Certains craignaient que le développement d'une capacité de drones ne se fasse au détriment d'autres programmes, soit parce qu'ils se trouvaient dans la même enveloppe budgétaire (au sein de l'armée de l'air, qui veillait à assurer la rénovation du Mirage 2000D d'ici la fin de 2015). par exemple), ou parce que leurs capacités pourraient se chevaucher (artillerie, hélicoptères d’attaque). Cependant, le petit nombre de Faucheurs devant être armés d’ici 2019 – seulement 12 – a dissipé cette inquiétude.

Certains avaient des réserves plus profondes. Il existe un clivage culturel entre deux éthiques militaires: le conséquentialisme de ceux qui, souvent dans l’aviation ou dans la marine, sont habitués à se battre à distance – ou du moins à une distance plus éloignée de l’ennemi – qui ne voient pas le drone comme un problème; et l'éthique de la vertu de ceux, souvent dans l'armée, qui valorisent le courage physique et sont mal à l'aise de faire la guerre à distance.

Comme exemple de cette seconde approche, le général Benoît Royal, qui a publié un livre sur l'éthique militaire, s'est rendu à la radio publique pour défendre l'idée (connue dans la littérature sur la guerre juste comme étant le principe de la réciprocité) qu'il est illégitime pour les pilotes de drones de tuer parce qu'ils ne risquent pas eux-mêmes leur vie. De même, le major Brice Erbland, pilote d'hélicoptère d'attaque, a expliqué dans une revue de l'armée française que «la vision indirecte (à travers un écran) du champ de bataille peut provoquer un phénomène de distanciation par rapport à la réalité et faire en sorte que le tireur ne considère plus la cible comme un être humain. étant". C’est typique des arguments de la «mentalité PlayStation» et du «tampon moral» souvent entendus dans le débat américain.

Cette critique ne doit pas rester sans réponse. Pour commencer, l’absence de risque n’est ni nouvelle ni propre aux drones. La capacité humaine de tuer à distance remonte à l'ère paléolithique et a toujours été un moteur de l'évolution des armes (javelots, catapultes, arcs et flèches, canons, fusils, revolvers, artillerie, mitrailleuses, sous-marins, avions, missiles , drones et ordinateurs). L’opérateur de drones n’est pas directement menacé par le terroriste qu’il tue, mais le pilote ne lance pas de bombes dans un environnement peu favorable ni l’artilleur qui tire une roquette à 70 kilomètres d’une position terroriste.

Par ailleurs, le risque pour ceux qui utilisent des drones n’est jamais nul, qu’il s’agisse psychologiquement. Des études ont montré que les pilotes de drones étaient victimes d’un état de stress post-traumatique comparable à celui des pilotes d’avions pilotés – ou même physiquement, les drones français fonctionnant toujours in situ. Leurs pilotes se trouvent à Bagram, en Afghanistan, une base qui a déjà été attaquée. Aujourd'hui, ils se trouvent à Niamey, qui pourrait elle aussi être la cible de tirs. De plus, ceux qui parlent d'un risque inexistant isolent artificiellement les drones d'un système complexe impliquant des bottes au sol, souvent des forces spéciales.

En ce qui concerne l'argument du «tampon moral», rien ne prouve que la propension à tuer soit proportionnelle à la distance, de nombreux massacres de civils ayant eu lieu à proximité (My Lai, Rwanda, Bosnie, etc.). De plus, les drones ne sont pas comme les autres armes à distance, car ils peuvent voir, ce qui change tout. En augmentant la distance physique entre les adversaires, les drones réduisent la distance de perception et ce que j'appelle la «distance épistémique», c'est-à-dire ce que nous savons de l'autre. Le pilote qui passe des semaines à observer un individu 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 n'est pas très éloigné de lui lorsqu'il s'agit de tuer. Il connaît la famille, les amis et les habitudes de la cible. D'une certaine manière, il est plus proche de lui que n'importe quel combattant sur le terrain qui peut établir un contact visuel avec son adversaire, mais ne sait rien de sa vie.

Les armer pour faire quoi?

L’arrivée de drones armés soulève la question intéressante de savoir comment la France les intégrera dans sa culture stratégique et gérera une éventuelle opposition politique à la guerre par drones, comme les États-Unis l’ont vu.

Pendant des années, il y a eu en France, comme ailleurs, une double confusion concernant les drones armés. Le premier, que j'appelle le «syndrome de Terminator», les confond avec des systèmes d'armes létales et autonomes. Conscient de ce risque, Parly rassure: "Un drone armé n'est pas un robot tueur: ces deux systèmes n'ont rien de commun." Il est facile de contrer les préjugés: il suffit d'expliquer qu'un drone est piloté et que la décision de frapper est toujours Humain. De plus, les systèmes d'armes autonomes létaux n'existent pas encore et le débat qui se déroule à l'ONU porte sur leur préventif interdire.

La deuxième confusion est ce que j’appelle le «syndrome de Chamayou», du nom du philosophe français critique Grégoire Chamayou, dont le livre Une théorie du drone est une diatribe contre le «Reich américain». Chamayou décrit les drones américains comme des «armes du terrorisme d’État» et les opérateurs comme des «tueurs». Non seulement cette vision est-elle hautement idéologique, mais elle confond l'objet (le drone) avec l'un de ses utilisations possibles (par la CIA pour des homicides ciblés). Ce réductionnisme est assez répandu. En effet, le programme de la CIA, qui a mené des frappes au Pakistan, au Yémen et en Somalie, est à l'origine de la controverse entourant l'utilisation de drones armés.

Les Britanniques n'utilisent leurs drones armés, qui sont uniquement exploités par la RAF, dans des situations de conflit armé. L’expérience britannique présente un intérêt mitigé pour la France: d’une part, elle est intéressante car elles sont de taille similaire (la RAF compte 10 Moissonneuses armées) et des règles d’engagement. D'autre part, il existe au moins deux raisons pour lesquelles l'expérience britannique est différente. Premièrement, Londres a délibérément choisi de confier son programme de drones aux États-Unis, tandis que la France souhaitait préserver autant que possible sa souveraineté. Deuxièmement, au Sahel, la France est confrontée à davantage de zones grises qu'en Irak et en Syrie, où l'existence d'un conflit armé est indiscutable. La question qui se pose est de savoir quoi faire si une cible passe dans un État tiers dans lequel il n'y a pas de conflit armé.

Le modèle britannique a donc une applicabilité limitée, mais il y a plusieurs raisons de croire que Paris ne suivra pas le modèle américain. Premièrement, la capacité: avec seulement 12 Moissonneuses, les Français n’auront pas d’autre choix que d’être plus discrets et parcimonieux dans leur utilisation que les Américains, qui en ont des centaines. Deuxièmement, la culture juridique: dans la mesure où jus ad bellum s’inquiète, même si l’interventionnisme militaire français de ces dernières années est impressionnant, il n’a jamais été unilatéral. Pour ce qui est de jus in bello, La France ne partage pas l'interprétation large de «participation directe aux hostilités» qui permet à Israël et aux États-Unis de cibler facilement des civils. C’est pourquoi la ministre a insisté sur le fait que sa décision «ne modifie en rien les règles d’engagement, le respect du droit des conflits armés». Troisièmement, parce qu’un terroriste capturé est beaucoup plus utile qu’un tué, les forces spéciales françaises donnent priorité à capturer.

De plus, le problème des relations publiques avec les drones américains est plutôt lié à la pratique industrielle de la grève de la signature. Il s’agit de frappes dirigées contre un individu ou un groupe non identifié de militants présumés, fondées sur un ensemble de comportements prédéterminé, par opposition à des personnes clairement identifiées (frappes de personnalité). Il est en effet tout à fait possible de condamner les abus d'une politique aussi permissive sans jeter le bébé avec l'eau du bain, c'est-à-dire sans exclure la possibilité, dans des circonstances exceptionnelles, d'assassinats ciblés hors du contexte d'un conflit armé. Un pays disposé à le faire pourrait défendre une approche plus restrictive, en limitant les assassinats ciblés aux frappes de personnalité dirigées contre des cibles de grande valeur qui constituent une menace immédiate et démontrable pour la sécurité nationale, et uniquement lorsque l'État dans lequel la cible se trouve n'a pas la volonté ou la capacité d'éliminer la menace.

Il est également possible de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour satisfaire à l'exigence démocratique de transparence et de responsabilité. Cela signifie soit de communiquer les processus et les normes de ciblage (qui décide quoi, comment et selon quels critères) avant une grève ou, après une grève, de communiquer l'identité de la personne et la cause de la grève. Qu'est-ce qui constituait la menace immédiate et pourquoi n'était-il pas possible de capturer la personne ou de la neutraliser d'une autre manière?

Le problème avec ces mesures, évidemment, est qu’elles pourraient affecter l’efficacité militaire. Plus le processus et les normes sont connus, plus l'adversaire peut les contourner et restreindre nos actions. L’ambiguïté stratégique revêt donc une grande valeur. Mais à l’inverse, une ambiguïté excessive ou un manque d’informations risquent de susciter méfiance et même hostilité face à une politique mal comprise, comme l’ont découvert les États-Unis. Les Britanniques l'ont bien compris et la Birmingham Policy Commission a recommandé d'informer le public le plus possible. Le défi consiste donc à mettre à disposition certaines informations afin d’accroître la transparence et un sentiment de légitimité, sans porter également atteinte aux intérêts nationaux. Révéler assez pour rassurer, mais pas assez pour handicaper les opérations.

La France a finalement surmonté son ambivalence concernant l’armement des drones, ce qui est une bonne nouvelle car c’est un besoin stratégique. Il est trop tôt pour dire quelle sera exactement la manière française de les utiliser, mais on peut déjà supposer qu'il s'agira d'une troisième manière, distincte des précédents américain et britannique.

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (@jeangene_vilmer) est directeur de l'Institut d'études stratégiques (IRSEM, ministère français des Forces armées). Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne représentent en rien celles d’une institution à laquelle il est ou a été affilié.

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